Pourquoi utiliser un montoir pour préserver le dos de son jeune cheval

Montoir en bois pour préserver le dos d'un jeune cheval pendant un débourrage respectueux

Le plot bleu racle le sable du carré quand je le cale contre l'épaule de mon hongre, et lui, il tend le nez vers la marche du dessus avant même que j'y pose une botte. Pas de recul, pas d'oreilles couchées. Juste cette curiosité tranquille que j'essaie de garder intacte depuis le début, parce que le bien-être de son dos et sa confiance dépendent surtout de la façon dont je grimpe dessus, pas seulement de ce que je fais une fois assis. Un jeune cheval, ça se construit encore, et le travail du dos commence bien avant la première foulée.

Ronan, un lecteur qui m'a écrit après avoir lu mes notes sur le premier montoir (il a un hongre de 3 ans et les mêmes doutes que moi à l'époque), me demandait justement si je n'utilisais pas un montoir simplement parce que ça m'arrangeait, moi, plutôt que le cheval. Question honnête. Dans pas mal de clubs, monter depuis le sol reste vu comme la vraie manière de faire, presque une preuve qu'on sait monter à cheval. J'ai cru ça aussi, un bon moment.

Le montoir n'est pas un truc de flemmard

Ce n'est pas de la paresse d'utiliser une marche. C'est un service rendu à un dos qui n'a pas fini de se construire, une manière un peu plus respectueuse de mener un débourrage sans brusquer personne. Près de Caen, dans l'écurie où je pensionne mon cheval, je vois régulièrement des propriétaires culpabiliser de « tricher » en s'aidant d'un montoir, comme si grimper depuis le sol prouvait quelque chose. Ça ne prouve rien, sinon qu'on tire fort sur l'arçon d'un seul côté.

Une selle mal réglée peut déjà créer des points de pression sur un dos sensible, et j'avais dû me pencher là-dessus pendant mes premières séances de mise en selle, en cherchant notamment comment choisir un surfaix de travail adapté au débourrage de son poulain pour ne pas comprimer son dos avant même d'y poser une selle. Mais même avec le bon équipement, la façon dont on grimpe dessus change tout.

Selle posée sur le dos d'un jeune cheval, zone du garrot sensible pendant le travail du dos

Pourquoi le poids d'un cavalier pèse plus lourd sur un jeune dos ?

Quand on se hisse depuis le sol, on ne pose pas juste son poids sur le dos du cheval. On tire l'arçon vers soi, d'un côté, pendant une bonne seconde ou deux, et le cheval doit se rattraper, compenser, alors que sa colonne n'a pas fini de se solidifier et qu'il cherche encore son équilibre sous la selle. Avec un montoir, ce mouvement de torsion disparaît presque entièrement : on descend dans la selle au lieu de la tirer vers soi.

Mon matériel en a aussi profité, si je suis honnête. À force de monter toujours du même côté depuis le sol, l'arçon finissait par fatiguer de façon asymétrique. Le montoir, au-delà du dos du cheval, ménage aussi la selle — et vu mon budget, ce n'est pas un détail.

Une leçon apprise à la longe, trop vite

Avant de m'intéresser sérieusement au montoir, j'étais persuadé qu'un bon tour de longe classique suffisait à tout préparer. J'ai voulu aller trop vite avec mon hongre, sur un cercle assez serré, et je l'ai senti se tendre au lieu de se détendre : il tournait, tournait, sans jamais relâcher l'encolure. Ce n'était pas de la désobéissance de sa part, juste un exercice arrivé avant qu'il soit prêt à le comprendre.

Pierrick, un ami du club hippique, m'a remis sur les rails à ce moment-là. Lui qui répète tout le temps qu'on n'est pas pressés, il m'a simplement conseillé d'abandonner le cercle serré et de revenir à des choses plus simples : marcher à côté, s'arrêter ensemble, repartir. Rien de spectaculaire, mais ça a changé la tension dans son dos et dans sa tête.

Bottes boueuses sur les marches d'un montoir bleu, étape du débourrage respectueux en Normandie

Apprendre l'immobilité avant de penser à monter

Le montoir sert à autre chose qu'à ménager un dos fragile : c'est aussi un exercice de confiance à part entière. Un jeune cheval qui accepte de rester immobile pendant que son cavalier grimpe au-dessus de lui a déjà digéré une bonne partie du travail à pied — la tolérance à un objet qui bouge sous ses pieds, l'habitude d'attendre un signal avant d'avancer. La récompense doit arriver au bon moment, pas trente secondes après, sinon le cheval ne fait jamais le lien.

Ce jour où j'ai demandé l'arrêt à la voix et qu'il s'est arrêté avant même que ma main touche la rêne, j'ai su qu'on pouvait passer à l'étape du montoir sans le brusquer. C'est ce genre de petit signal, plus que n'importe quel calendrier, qui me dit qu'un cheval est prêt.

Le revers : un cheval qui ne sait plus se débrouiller seul

Il y a quand même un revers à la médaille. Si mon cheval ne connaît que la marche stable d'un montoir de carrière, il perd un peu ses repères le jour où le terrain n'est pas plat — sur un chemin qui grimpe vers Saint-Lô, par exemple, ou depuis un talus instable près du haras national. Utiliser un montoir tout le temps et uniquement dans des conditions parfaites peut, à la longue, l'empêcher de développer son propre équilibre pour compenser un poids qui arrive de travers.

Alors je varie, pas tout le temps, mais assez souvent pour qu'il garde l'habitude de gainer son dos même sans marche parfaite sous mes pieds : une souche, un muret, ou un ami qui me fait la courte échelle. Cette histoire de variation tient aussi à une question de confiance en extérieur : j'explique ailleurs pourquoi j'ai choisi de travailler mon jeune cheval en extérieur, et le montoir improvisé sur un chemin en fait clairement partie. Ce genre d'ajustement, je le fais seul, à mon rythme, mais je sais que d'autres propriétaires préfèrent confier cette étape à quelqu'un de formé — les deux approches se valent, tant qu'on n'improvise pas sur la sécurité.

Jeune cheval calme près d'un muret naturel, exemple de bien-être équin autour du montoir

Que répondre à ceux qui hésitent encore ?

Quand Ronan m'a redemandé si le montoir n'était pas surtout plus confortable pour moi, je lui ai répondu que oui, un peu, mais que ce confort profite d'abord au cheval : moins de torsion, moins de triche avec l'équilibre, un dos ménagé tant qu'il travaille encore à se construire. Ma règle, dans mon écurie : montoir la plupart du temps, variation de temps en temps pour ne pas rendre le cheval dépendant d'une seule marche parfaite.

Ce n'est pas plus compliqué que ça, et ce n'est pas non plus une science exacte — je me trompe encore régulièrement, je tâtonne, j'ajuste. Pour tout ce qui touche à la santé du dos ou à un comportement qui vous semble anormal pendant la mise en selle, mieux vaut passer par un vétérinaire ou un professionnel plutôt que par les conseils d'un propriétaire du dimanche comme moi.