Comment corriger les défauts de l'appuyer quand on est amateur

Jeune cheval en dressage amateur pendant un exercice d'appuyer, travail latéral au trot dans une carrière normande

Le hongre se raidit d'un coup, tête haute, dès que je lui demande deux foulées de travers. Ce n'est pas la première fois. En dressage amateur, on nous vend l'appuyer comme un exercice de style, une belle glissade où les membres se croisent, et on oublie qu'un jeune cheval qui refuse ce travail latéral n'a presque jamais un problème de main ou de jambe côté cavalier. Ludovic Cadiou, un lecteur qui a acheté une pouliche pour sa fille, m'a écrit récemment pour me demander pourquoi rien de ce qu'il tentait ne passait. Je lui ai répondu ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant de me lancer dans l'éducation équine de mon propre cheval : le défaut ne se corrige presque jamais dans la selle.

Un appuyer raté en dressage amateur : un problème de mains ?

Beaucoup d'amateurs pensent ça. Moi le premier, il y a quelque temps. On lit qu'il faut isoler telle jambe, garder telle main basse, et on imagine que la solution est purement technique. Camille Briand, monitrice bénévole à mon club, m'a coupé net un jour où je m'énervais sur ce point précis : elle lit les tensions d'un cheval presque instantanément, bien avant qu'elles ne se voient dans les foulées, et elle m'a dit que mon cheval ne refusait pas la demande, il ne la comprenait tout simplement pas encore.

Cette phrase a changé la façon dont j'ai abordé le problème. Le vrai souci commence bien avant que je monte, et il ne se règle pas en une séance.

Gros plan sur les membres croisés d'un cheval de dressage amateur pendant un exercice d'appuyer et de travail latéral.

Le problème vient d'avant la selle, pas d'après

Avant même de songer à un appuyer, il y a eu des dizaines de tours au rond de longe, seulement pour observer comment il se pose sur ses quatre membres et garder un rythme égal, sans jamais parler de travail latéral. Puis la désensibilisation, doucement, objet par objet, un sac qui bruisse un jour, une bâche qui claque le lendemain, jusqu'à ce que plus grand-chose ne le fasse sursauter d'un coup.

Chaque exercice reposait sur la même règle : une pression qui arrive, puis qui disparaît net dès qu'il donne la bonne réponse, rien de plus compliqué que ça. Je surveillais surtout son seuil de tolérance, ce moment précis où il bascule de la concentration vers la fuite, et je m'arrêtais toujours juste avant d'y arriver.

Une chaîne d'étapes qu'on saute trop vite

À un moment, j'ai aussi dû vérifier que la selle elle-même ne le gênait pas dans les épaules. Un mauvais ajustement suffit largement à expliquer un dos qui se dérobe, bien avant qu'on parle de mauvaise volonté. Le premier montoir n'est venu que quand il acceptait mon poids sans un frémissement, pas avant, et certainement pas parce qu'un calendrier le prévoyait.

Quand on est enfin monté, le retour au pas reste l'endroit où tout se vérifie. C'est là qu'on sent si les étapes précédentes ont tenu, bien avant de penser à un travail latéral plus exigeant.

Toute cette suite d'étapes au sol, dans un ordre précis, compte largement plus qu'une correction de main donnée une fois en selle. L'apprentissage à céder latéralement, je l'avais détaillé dans un billet sur comment commencer l'appuyer avec un jeune cheval après le débourrage, et c'est là, au sol, que tout se joue vraiment.

Revenir aux bases avant de reprendre la selle

J'avais essayé de changer d'embouchure à un moment, convaincu qu'une bouche plus douce réglerait le problème. Résultat inverse : mon cheval fuyait le moindre contact, comme si cette douceur avait ouvert une porte qu'il n'était pas prêt à franchir. Je suis revenu à ce que je connaissais et j'ai laissé le mors tranquille pendant plusieurs semaines.

Un dimanche, Camille m'a proposé d'aller voir une démonstration au haras national du Pin, histoire de regarder à quoi ressemble un appuyer construit sur du temps long, pas improvisé sous cette lumière grise et plate d'hiver qui aplatit tout dans une carrière. Le jour où mon cheval a enfin gardé la tête basse et immobile, sans un seul coup de nuque contre le mors, j'ai compris que ce changement ne venait pas de mes mains mais de tout ce travail fait plus tôt, loin de la selle.

Ce qui compte vraiment se corrige avant la selle

Ludovic l'a admis sans détour dans son message : il avait voulu brûler les étapes parce que sa fille était impatiente de monter, et il savait bien que c'était sans doute sa propre précipitation qui avait tout compliqué. Ce n'est pas une honte, presque tout le monde fait pareil avec un premier jeune cheval, je m'étais posé la même question en écrivant sur le choix de ma formation pour le débourrage, où la préparation compte déjà plus que la technique du jour J.

Si votre appuyer part de travers, ne cherchez pas d'abord ce qui cloche dans vos mains ou vos jambes. Redescendez à pied, testez la désensibilisation, le seuil de tolérance, la rectitude sur une ligne droite bien nette. Si tout ça tient, l'appuyer suit presque tout seul, deux ou trois foulées à la fois. Sinon, c'est là qu'il faut retourner, pas dans un réglage de rêne.